De l’utilité de la colère

De l’utilité de la colère

Je m’interroge beaucoup sur la tendance qui consiste à nier en bloc tout ce que la vie peut avoir de sombre. Ca m’inquiète quand être heureux signifie fermer les yeux.

 

Ca m’inquiète quand au lieu d’écouter son instinct, on préfère trouver les situations et les gens beaux et gentils. Je crains que cela ne soit davantage un exercice de censure qu’un exercice de bien-être. Il me semble pourtant qu’on a déjà suffisamment prouvé les dégâts causés par le refoulement…

 

Nous rencontrons dans nos vies des événements qui provoquent en nous une myriade de sentiments, de réactions et de réflexions. Et un jour nous prenons conscience que nous ne pouvons pas éviter certains chocs et que ça ne sert à rien d’ignorer notre part d’ombre. Les erreurs qu’elle peut nous faire commettre nous reviennent comme des boomerangs. En essayant de la supprimer, nous perdons sans doute une amie qui nous donnerait l’occasion de mieux nous comprendre, nous connaître et nous reconnaître.

 

Ma part d’ombre s’exprime à travers mes colères qui sont terribles. Pourtant j’ai toujours eu du mal à considérer ma colère comme une entité nuisible dont il aurait fallu me débarasser. Enfin toujours…

Jusqu’à une vingtaine d’année, j’étais douce et gentille et surtout je ne savais pas dire non . Même si paradoxalement quand j’était collégienne j’étais capable de refuser de fumer, de boire, ou de mettre tels ou tels vêtements pour suivre une mode qui ne me plaisait pas. J’ai toujours su m’exclure pour être fidèle à moi-même mais dire non était une toute autre histoire.

 

Jusqu’au jour où la coupe fut pleine et où j’ai commencé à me mettre en colère. D’années en années la colère a grandi et j’ai vécu avec un dilemme. Oui, ma colère est bonne, elle me permet de poser mes limites et de me protéger. Non, ma colère n’est pas bonne, elle est toxique, me ronge et m’abîme.

 

Jusqu’à la semaine dernière. A mon retour au travail je me suis retrouvée confrontée à des calomnies, mensonges, reproches injustifiés et idiots. La colère m’a envahie. Je l’ai laissée s’épanouir et, calmée, je me suis mise à dire la vérité. Celle qui est difficile, celle que la société préfère que vous ravaliez pour ne pas perturber l’équilibre social. Oui, monsieur vous mentez. Non, monsieur ce n’est pas vrai. Vous avez dit ça. Vous avez fait ça. Et comme j’avais jadis ouvert la porte à la colère, j’ai  avant-hier ouvert la porte de ma vérité. Ce qui me blesse, ce qui me dévalorise, ce qui est faux, je le pointe du doigt.

 

L’apaisement commence à me gagner. Je comprends enfin le sens de cette carte qui ne cessait d’apparaître dernièrement.

 

Ma colère était un signal, un chemin.

 

Il faut aimer ses défauts et ses mauvaises actions pour pouvoir s’en affranchir. On n’est méchant que lorsqu’on a perdu l’amour, non ? On ne haît quelqu’un que parce qu’on l’aime et qu’il ne nous regarde pas, non ?

 

Et vous, quel est le défaut qui vous a fait avancer ? Laquelle de vos erreurs vous a aidée à grandir ?

 

Publié pour la 1ère fois le 25 février 2013

© Photos : Brooke Lark ⎜AdobeStock

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